mardi 2 novembre 2010

»» barack obama, (les rêves de mon père)

Les Rêves de mon Père (VO: Dreams from my father)
Récit, Points

C'est bien beau d'admirer un homme qui a vaincu bien des barrières pour devenir président des Etats-Unis. Mais j'ai décidé de me pencher sur l'histoire de Barack Obama par lui-même pour en savoir davantage... La race étant un débat depuis la nuit des temps, il est intéressant de voir comment il a vécu son héritage au pays de la "goutte"... où il suffit d'une goutte de sang noir pour l'être... Le livre étant assez dense en informations, j'ai décidé de commenter au fur et à mesure... Et puisque c'est un débat que j'adore, n'est-ce pas, je suis bien servie.

« ... j'ai cessé de mentionner la race de ma mère à l'âge de douze ou treize ans quand j'ai commencé à flairer que, ce faisant, je cherchais à m'attirer les bonnes grâces des Blancs... » p. 20
Obama est assez foncé de peau et on ne voit pas d'emblée qu'il est métis. C'est comme si, enfant, il devait à tout prix se justifier. Il a été élevé par sa mère et ses grands-parents (par intermittence), et entouré de Blancs qui continuaient d'avoir peur des Noirs ou avoir des préjugés. Dire que sa mère était blanche le rendait bien moins coupable aux yeux de cet entourage, malgré lui...
« ... Chaque Noir était un Thurgood Marshall ou un Sidney Poitier; chaque Noire une Fannie Lou Hamer ou une Lena Horne. Être noir, c'était être bénéficiaire d'un grand héritage, d'un destin à part, charge glorieuse que nous étions les seuls assez forts pour porter. » p. 87
Cette phrase me fait sourire tristement... parce qu'encore aujourd'hui, on entend à nous autres issus de minorités visibles, que nous devons être les exemples... travailler le double que les Blancs pour prouver qu'on n'est pas des vauriens qui méritons les discriminations à notre encontre. C'est pourtant triste de savoir que des enfants si innocents ressentent dès leur plus tendre âge une mission qui n'est pas réellement la leur. Ils ne peuvent pas faire des bêtises ou dévier du chemin, parce qu'ils doivent être des exemples, et des symboles, et tout un tas de choses qu'on n'exige pas des Blancs...
« ... je remarquais que Cosby ne faisait jamais la conquête de la fille dans I spy, que le Noir de Mission Impossible passait tout son temps sous terre. Qu'il n'y avait personne comme moi dans le catalogue de Noël de Sears Roebruck que Toot et Gramps nous avaient envoyé, et que le père Noël était un Blanc. » pp. 88-89
Mieux encore ! Combien de fois, en voyant des séries ou des films avec mon entourage (amis ou famille), on se dit, que dans le film d'action, c'est le Noir qui meurt toujours en premier (ou qui se sacrifie, mais ça revient au même). C'est toujours le Noir qui se fait prendre. Ce n'est jamais le Noir (ou toute autre minorité) qui a le bon rôle. D'accord, j'exagère. A 95% des fois, c'est toujours le Noir qui en prend pour sa pomme.
« [Malcolm X] avait  formulé un jour, le voeu que le sang blanc qui coulait en lui (...) soit expurgé. (...) Mais en ce qui me concernait, je savais que dans mon cheminement vers le respect de moi-même, jamais je ne pourrais réduire mon propre sang blanc au rang de pure abstraction. Car que supprimerais-je en moi  par la même occasion, si je devais laisser ma mère et mes grands-parents à la frontière d'un territoire inexploré ? » p. 132
Mieux vaut tard que jamais. Maintenant je comprends un certain 'Afro-Américain' qui m'avait dit que je devais honte d'être métisse parce que c'était le fruit d'un viol. Le Schtroumpf pensait sans doute que j'étais une brebis égarée et que je partageais mon histoire avec Malcolm X, que j'ai appris il y a quelques mois seulement, que malgré son envie de suprématie noire, il était métis. Dure vie, cousin.
Lorsque j'ai décidé que je n'étais plus noire mais métisse, c'est la question que je me suis posée. Qui de ma famille j'allais supprimer de mon arbre généalogique pour être noire à part entière ? Facilement 3/4 de ma famille est blanche et/ou métisse, donc je suis bien partie pour faire le chemin inverse. Mes parents et grands-parents sont/étaient métis... nah... c'est vu du mauvais angle-là.
On n'a pas à choisir.
« J'étais tombé sur l'un des secrets les mieux gardés sur les Noirs: la plupart d'entre nous n'étaient pas intéressés par la révolte; la plupart d'entre nous étaient fatigués de penser tout le temps au problème racial; si nous préférions rester entre nous, c'était surtout parce que c'était le meilleur moyen d'arrêter d'y penser, que c'était plus facile que de passer notre temps en colère ou à essayer de deviner ce que les Blancs pensaient de nous. » p. 147
On dit souvent que qui se ressemble s'assemble... surtout parce que nous n'avons pas à nous justifier ou à expliquer nos douleurs que certains diraient exagérées... Bizarrement, mes meilleures amies sont métisses... Mais ce n'est peut-être pas si bizarre que ça, je trouve. La vie a fait qu'on croise les chemins les unes des autres, et que nous ayons une même opinion sur le monde dans lequel nous évoluons et qui n'est pas si facile du fait que nous soyons assises entre deux chaises...
« Elle était jolie, Joyce, avec ses yeux verts, sa peau de miel et sa moue boudeuse. (...) Un jour je lui demandais si elle allait à la réunion de l'Association des étudiants noirs. Elle me lança un drôle de regard, puis elle secoua la tête (...): - Je ne suis pas noire, me répondit-elle. Je suis multiraciale. (...) Pourquoi voudrais-tu que je choisisse entre [mon père italien et ma mère africaine-indienne] ? (...) Ce ne sont pas les Blancs qui veulent me faire choisir, (...) ce sont les Noirs. (...) » p. 148
Je reprends ce que j'ai dit au paragraphe précédant... et je suis peinée de constater que ce sont soit d'autres Métis soit des Noirs qui veulent que je sois métisse, et que lorsque j'affirme que je ne suis pas noire, lance la c*rie sans précédent "mais alors tu es quoi ? Blanche ?!"... Sans commentaire.
Non, je ne choisirai plus.
« Cette peur constante et rampante de n'être cher moi nulle part, qui me faisait croire que, à moins d'esquiver, de dissimuler, de faire semblant d'être celui que je n'étais pas, je resterais pour toujours à l'extérieur, toujours soumis au jugement du reste du monde, noir et blanc. » p. 163
Les êtres hybrides sont des êtres acceptés nulle part.
« Quoi qu'en dise mon père, je savais qu'il était trop tard pour prétendre me réclamer de l'Afrique. Et si j'avais fini par me considérer comme un Noir américain, et si j'étais regardé comme tel, je n'avais encore jeté l'ancre nulle part. » p. 168
Chacun fait comme il peut. Je décide, peu à peu, de ne pas juger ceux qui sont métis et qui le disent autrement. Qu'est-ce que je sais de ce qu'ils ont dû endurer pour décider que c'était mieux cette notion plutôt qu'une autre ?
« Pour commencer, [Marcus] manifesta plus ostensiblement sa fierté raciale: il se mit à porter en cours des vêtements en tissu africain et à faire du lobbying auprès de l'administration pour que celle-ci installe une résidence réservée aux Noirs. Plus tard, il devint impossible de communiquer avec lui. Il se mit à sécher les cours et à forcer sur l'herbe. Il se laissa pousser la barbe et adopta les dreadlocks. » p. 170
Oh... le typique African American éclairé. Qu'est-ce qu'ils m'énervent avec leurs fausses visions de l'Afrique et tous ces clichés accumulés les uns sur les autres. Ceux qui parlent de 'fierté raciale' (comme si on pouvait être fier de ça !), sont souvent ceux qui sont les plus extrêmistes et intégristes.
« (...) j'étais allé retrouver un ami noir dans son cabinet d'avocats en ville, avant d'aller déjeuner avec lui au MoMA. (...) j'avais remarqué que les autres Noirs du bureau étaient des coursiers ou des employés, et, au musée, que les seuls Noirs employés étaient des agents de sécurité en veste bleue, qui comptaient les heures avant de pouvoir aller attraper la rame qui les ramènerait chez eux, à Brooklyn ou à Queens. » p. 175
Rien n'a réellement changé nulle part, je pense.
« C'était ainsi que les Noirs parlaient du maire [noir] de Chicago, avec une familiarité et une affection normalement réversées à un parent. On voyait sa photo partout: chez le cordonnier et dans les salons de beauté; ou encore collée sur les poteaux des lampadaires depuis la dernière campagne; et jusque dans les vitrines des blanchisseurs coréens et des épiciers arabes, exposée en bonne place tel un totem protecteur. Cette photo me regardait à présent, du haut du mur de la boutique: une belle tête grisonnante, des sourcils et une moustache en broussaille, une étincelle dans les yeux. » p. 206
Etonnant que vingt ans plus tard, on ferait la même chose pour Obama lui-même. On parle d'Obama comme s'il était un cousin. Init cute ?
« Depuis la découverte effrayante que j'avais faite dans le Life, celle des crèmes blanchissantes, j'avais fait connaissance avec le lexique en vigueur dans la communauté pour décrire les différentes façons d'être noir: les bons cheveux, les mauvais cheveux; les lèvres épaisses ou les lèvres fines; si tu es noir clair, tu fais l'affaire, si tu es noir noir, va te faire voir. A l'université, la politique de la noire et la question de l'estime de soi soulevée par la mode noire étaient un sujet de conversation délicat et néanmois fréquent parmi les étudiants noirs, particulièrement les filles. Celles-ci avaient un sourire amer à la vue des frères militants qui sortaient de préférence avec des filles au teint plus clair... et descendaient en flammes le Noir qui avait l'imprudence de faire une remarque sur les coiffures des filles noires. » p. 265
C'est surprenant de voir que rien n'a changé. On continue de parler de bons et mauvais cheveux. Moi les miens appartiennent aux "mauvais" juste parce que j'arrive pas à les coiffer lorsqu'ils ne sont pas défrisés et qu'au naturel me fatigue plus qu'autre chose.
« Souvent, le mot 'nègre' remplaçait celui de 'noir' dans ces remarques [des Noirs paresseux ou les Noirs, ça travaille mal], un mot dont je m'imaginais autrefois qu'il était prononcé pour plaisanter, par ironie, que c'était une blague entre nous, la marque de notre résilience en tant que peuple. Jusqu'a ce qu'un jour j'entende une jeune mère l'utiliser envers son enfant pour lui signifier qu'il était un bon à rien, ou que j'entende des adolescents se le lancer comme une invective au cours d'une joute verbale. La transformation de la signification originelle de ce mot n'a jamais été complètement opérée. De même que les autres défenses que nous avions érigées contre les blessures possibles, celle-ci se tournait en premier contre nous-mêmes. » p. 268
'Nègre' continue d'être le mot politiquement correct pour parler des Noirs, parce que sont des Négroïdes comme les Asiatiques sont des Mongoloïdes. Mais le ton utilisé peut tout changer. Je préfère de loin entendre Nègre que 'black', mais on va dire qu'on va passer sous silence la fausse polémique. En portugais on dit 'Nègre' et quand on dit 'noir' c'est plutôt mal vu.
« Mais, en m'entretenant avec des nationalistes autoproclamés comme Rafiq, j'en vins à conclure que la condamnation sans nuance de tout ce qui venait des Blancs avait une fonction centrale dans leur message de révolte. Que, psychologiquement au moins, l'un dépendait de l'autre. » p. 272
« Si j'avais choisi ce travail [d'organisateur de communautés], c'était parce que j'en étais convaincu. Ce fut cette conviction qui m'amena à la conclusion que les notions de pureté - de race ou de culture - ne pouvaient servir de base à l'estime de soi du Noir américain typique, pas plus qu'à moi-même. Il fallait que notre sentiment d'appartenance provienne d'une chose plus subtile que les lignées dont nous étions les descendants.Il fallait qu'il trouve ses racines dans les histoires personnelles (...); dans tous les détails désordonnés et contradictioires de notre vécu. » p. 280
Ceux-là même qui n'ont pas réellement compris leurs réels problèmes. On ne peut plus se baser sur un fait qui s'est passé il y a au moins un siècle. Il y aura toujours des racistes partout, et ce ne sont pas toujours ceux qu'on croit qui sont le plus. Souvent, ça ne change pas parce qu'on ne veut pas que ça change, par commodité, paresse ou que sais-je.
« Et aussi, avec Otto, on serait obligés de vivre en Allemagne, pour sa carrière, tu comprends. J'imagine ce que ce serait, rester une étrangère pendant toute ma vie, je ne crois pas que je supporterais. » p. 287
Ceci disait la soeur kényane d'Obama, Auma, qui passait sa thèse en Allemagne. Elle était Kényane, avait toujours vécu au Kénya, ce n'est pas comme si elle avait des problèmes d'identité. Pourtant, elle ne voulait pas être étrangère ailleurs. Mais pour les Métis, on sera toujours étrangers où qu'on soit. Un de mes frères, Le Pilote, disait que les Métis étaient comme les Palestiniens (ou tout autre peuple apatride): on n'a pas de territoire, on n'a de réelle maison nulle part...


« (...) un petit bureau décoré d'objets en relation avec l'Afrique: une carte du continent, des posters représentant d'anciens rois et reines africains, une collection de tam-tams et de calebasses, un tissu pendu au mur. Derrière le bureau, nous vîmes un homme imposant à la moustache en crocs et à la mâchoire proéminente. Il était vêtu d'un tissu imprimé africain et un bracelet en poil d'éléphant entourait  son épais poignet. (...) "(...) J'essaie de combler le vide par tous les moyens. Je mets les étudiants en contact avec l'histoire de l'Afrique, sa géographie, ses traditions artistiques. J'essaie d'orienter différemment leurs valeurs. (...) Je leur enseigne que les Africains sont un peuple basé sur la communauté. Que les Africains respectent leurs anciens." » pp. 346/348
Comme si le fait d'être noir signifiait qu'on était africain ou que l'histoire d'Afrique allait changer quoi que ce soit. Je suis d'origine allemande très lointaine, d'au moins 5 générations. Est-ce que l'histoire de la Prusse va m'expliquer quelque chose sur mon cheminement ?!
« Je pouvais travailler au sein de la communauté noire en tant qu'organisateur ou avocat sans que cela ne m'empêche de vivre en ville dans une tour. Ou à l'inverse: je pouvais travailler dans un cabinet d'avocats de premier ordre mais vivre dans le South Side, y acheter une grande maison, conduire une belle voiture, faire des dons au [National Association for the Advancement of Colored People] et pour la campagne [du maire noir de Chicago] Harold, donner des conférences dans les lycées locaux. On dirait de moi que je suis un modèle, un exemple de la réussite de l'homme noir. » p. 371
Je trouve amusant qu'à l'époque, il pense déjà à ça. Il était sur le point d'aller faire ses études à Harvard, il avait dans les 28/30 ans (?), il avait tout à faire encore, et pourtant... il se disait qu'il aurait voulu être un modèle de réussite de l'homme noir.
Quand on veut... on peut.
« (...) il ne me jugeait pas; parce que lui, comme mes animateurs, n'avait rien contre la réussite. C'était l'un des enseignements que j'avais tirés de ces deux ans et demi, n'est-ce pas? J'avais compris que la plupart des Noirs n'étaient pas comme le père de mes rêves, l'homme des récits de ma mère, plein d'idéal et prompt à juger. Ils étaient plutôt comme mon beau-père Lolo, c'étaient des gens pratiques qui savaient que la vie est trop dure pour se permettre de juger les choix des uns des autres, trop pénible pour espérer vivre selon un idéal abstrait. Personne n'attendait de moi ce sacrifice. (...) Pour ce qui les concernait, ma couleur avait toujours été un critère suffisant pour petre admis au sein de la communauté, une croix suffisamment lourde à porter. » p. 372
« Quand je contactais [les pasteurs noirs du secteur] par téléphone, ils étaient souvent suspicieux ou évasifs, ne sachant pas pourquoi ce musulman - ou pire encore, cet Irlandais... O'Bama ? - voulait les rencontrer. » p. 373
« (...) elle ne faisait que souligner le côté inconfortable de ma position: un Occidental pas tout à fait chez lui à l'Ouest, un Africain se rendant dans un pays [Kenya] rempli d'étrangers. » p. 399
Je pense que ne pas se sentir chez soi où que ce soit, est terrible. Surtout lorsqu'on a des origines dans ces endroits, et qu'on se sent encore perdu...
« Ce voyage au Kenya finirait-il par remplir ce vide ? Mes amis de Chicago en étaient convaincus. Ce serait comme dans Roots, m'avait dit Will (...). Asante avait parlé de pèlerinage. Pour eux, comme pour moi, l'Afrique était devenue une idée plus qu'un endroit concret, une nouvelle terre promise, pleine de traditions anciennes et de vastes perspectives, de nobles luttes et de tambours vibrants. Grâce à la distance, nous faisions nôtre l'Afrique, mais notre adoption était sélective (...). » pp. 400-401
Ah... qu'est-ce que je déteste ce "retour à la Motherland"...
« Vous venez d'Amérique (...). Vous connaissez peut-être le fils de mon frère, Samson Otieno. Il fait des études d'ingénieur au Texas. » p. 404
Juste pour rire ;-)
« C'était la première fois que cela m'arrivait. Cela ne s'était jamais passé, ni à Hawaii ni à Los Angeles, New York ou Chicago. Pour la première fois de ma vie, je ressentis l'aisance, la stabilité identitaire que pouvait procurer un nom, la capacité que possédait ce nom à transporter une histoire entière dans les souvenirs de quelqu'un d'autre, de sorte que votre interlocuteur hochait la tête et disait d'un air entendu: "Ah, vous êtes le fils d'Untel !" Personne, au Kenya, ne me demanderait d'épeler mon nom, ni ne l'écorcherait. Mon nom était d'ici, et donc j'étais d'ici, pris dans un réseau de relations, d'alliances, et de rancunes que je ne comprenais pas encore. » p. 405
Contrairement à Barack Obama, on a toujours su qui j'étais. J'étais la fille de mon père (je suis son portrait craché) et avec le temps, notre nom de famille est devenu 'normal' en Angola, parce que nous sommes une seule et même famille que ce soit en Angola ou au Portugal (on est tous cousins, Noirs ou Blancs). Mon père ayant sa notoriété nationale, j'ai toujours eu cette "reconnaissance" par le nom... mais ce n'est pas un nom que est devenu prononçable en portugais à force, c'est devenu local. Je n'ai pas un nom typiquement lusophone, donc je ne peux pas dire que grâce à mon nom, j'appartiens à tel ou tel endroit (à moins que ce soit l'Allemagne, et je ne pense pas m'y installer. Mais who knows ?)
« Mais qui a le droit de me dire ce qui peut m'intéresser ou non ? Comprends-moi, je n'ai pas honte d'être à moitié africain, simplement, je ne me pose pas de questions sur ce que ça signifie. Sur qui je suis vraiment. » p. 454
Amen ! Le frère de Barack Obama, Mark, est métis comme lui. Sa mère est américaine. Il a vécu au Kenya avec ses parents, et après leur divorce, il a continué au Kenya avant d'aller faire ses études aux Etats-Unis. Donc lui est celui que Barack aurait voulu être, connaissant ses origines et n'ayant pas de conflits majeurs avec qui il était. Barack a été élevé par des Blancs sans père, donc il l'idéalisait, mais Mark n'est pas au même point que lui. Il sait d'où il vient, et il sait où il veut être. Ce n'est pas parce qu'il est de telle origine ou a telle couleur de peau, qu'il doit mieux se chercher.
Combien de fois j'ai entendu dire: "tu as chaud ? Mais tu viens pas d'Afrique ?", "tu n'aimes pas la mangue, ce n'est pas de chez toi ?", "tu n'aimes pas la musique africaine traditionnelle, et pourtant tu es africaine, non ?" On a juste envie d'envoyer tout le monde balader. Le fait que n'implique pas que (on adore dire ça en portugais !). Ne pas aimer la banane ou la mangue ou de la musique traditionnelle que même ma grand-mère n'écoute plus, ne pas aimer Mahmadou et Miriam, ou détester avoir chaud... ça ne fait pas de moi moins africaine ! Ce n'est pas ça qui va me définir, loin de là !
« Je demandai [au médecin blanc en safari] ce qui lui avait poussé à retourner en Afrique, et il répondit dans la foulée, comme si on lui avait déjà posé la question bien souvent: " - c'est parce que c'est chez moi, je suppose. Les gens, le pays... (...) C'est drôle, vous savez ? (...) quand on a vécu ici, la vie en Angleterre semble terriblement étriquée. Les Anglais possèdent tellement plus, mais ils semblent moins profiter de la vie. Je me sentais étranger là-bas. » p. 467
Je voulais la mettre celle-là, parce que c'est un médecin blanc qui était né au Kénya et qu'à l'Indépendance a suivi ses parents en Angleterre... mais ensuite il est revenu en Afrique, travailler au Malawi. Si Obama n'est pas plus chez lui aux Etats-Unis, de même arrive à des Blancs... Il y a des Africains blancs qui aiment le continent comme les Noirs, et pourtant on les traitent toujours comme des étrangers, et je trouve que c'est injuste... Tout comme les enfants issus de l'immigration en France ou ailleurs, qui sont nés français et qu'on les renvoie toujours 'au bled'. Ça n'a plus de sens.
Il n'y a plus de frontières, cousins. Il faut s'adapter !
« - Vous ne croyez pas, Francis, que parfois chrétienté pas très bonne ? Pour l'Afrique, le missionnaire change tout, oui ? Il apporte (...) le colonialisme. Religion blanche, non ? [demanda l'Italien du safari] » p. 471
Ça, c'est un autre truc qui me tracasse. Lorsque les Négro-américains veulent être plus proches de la Motherland, ils se convertissent à l'Islam. Mais depuis quand l'Islam est la religion unique et absolue d'Afrique ? Si on cherche de l'authenticité, autant étudier l'animisme, les esprits et les tambours. Là peut-être on croirait les études de ces chers African Americans pour de bon. Mais ce n'est pas la religion (Chrétienne ou Musulmane) qui vous rapprochera de la Motherland. Car la religion n'a pas de couleur de peau, elle est personnelle et personne n'a son mot à dire sur la foi de quelqu'un d'autre. D'accord, on nous a instauré des religions à l'époque des missionnaires, on nous a fait avaler du bondieu à toutes les sauces. Mais aujourd'hui, il y a ceux qui sont animistes, toujours, et il y a ceux qui ont retrouvé leur foi ailleurs. Ça n'a rien à voir. Mais les cousins comprennent pas.
« Ma fille, elle n'a que faire des esprits de la nuit. Sa langue maternelle n'est pas le luo. Pas même le swahili. C'est l'anglais. Quand je l'entends parler avec ses copines, c'est du charabia pour moi. Elles prennent un peu de tout... de l'anglais, du swahili, de l'allemand, du luo... Il m'arrive d'en avoir marre et de leur dire : "apprenez à parler au moins une langue correctement !" » pp. 562-563
J'ai bien ri avec celle-là tellement je me sentais visée ! Les enfants d'aujourd'hui, quand ils ne sont pas nomades (comme je l'ai été) mais sont issus d'une éducation multiculturelle (moi aussi) ou issus de parents mixtes (ah, pas moi !), parlent comme ça. Dans mes amis, on parle tous comme ça parce que nous sommes des enfants que soit la diplomatie, soit l'expatriation, soit les guerres ont fait bouger, et on a appris un tas de langues dans l'urgence. Donc on mélange tout, et celui qui ne parle pas les mêmes langues que nous, là, ouais... y a une barrière qui se forme.
Mais c'est le monde d'aujourd'hui. Et je trouve ça... wicked !


Ça m'a pris longtemps pour lire ce livre. J'ai voulu prendre mon temps pour tout digérer. C'est comme un roman, et parfois on a l'impression que la vie d'Obama donnerait un bon film. Mais le truc, c'est que... c'est devenu personnel. Pour moi.
Le métissage est un sujet auquel je tiens, parce que je suis métisse et souvent je ne retrouve pas ma place. Je suis 100% angolaise, mais lorsque je suis en Angola, je me dis que je suis dans un bon endroit pour passer les vacances, mais ce n'est plus chez moi. Je n'y ai vécu que 8 ans (en 27 ans de vie !). Chez moi, c'est la France. J'ai été éduquée à la française dans les pays et les continents où j'ai vécu. Si au départ, rien ne me destinait à tel, je suis devenue une Française de coeur très attachée à ma terre d'adoption. Mais c'était le coeur qui a dicté et qui a trouvé la place.
Être métis, c'est appartenir à deux mondes, pas toujours opposés, mais presque. Ce n'est pas une race (ça se saurait), nous sommes un mélange de mondes et de cultures, qu'on doit faire cohabiter dans le même corps, dans le même esprit. Nous sommes assis sur deux chaises, et si on nous enlève une des chaises, on tombe irrémédiablement.

Barack Obama a été élevé par sa mère dans un premier temps, puis par ses grands-parents maternels. Son monde à lui se limite au monde des Blancs avec le souvenir d'un père qui est parti trop tôt. Sans repères de sa culture négro-africaine, il va chercher du réconfort là où il trouve: chez les Noirs qui luttent pour les Noirs, qui sont farouchement contre les Blancs, et que sont rancuniers de l'esclavage. Bien sûr, c'est peu de temps après Martin Luther King, mais c'est encore et toujours l'esclavage qui les scandalisent et même les Noirs les plus extrêmistes exigent la ségrégation pour ne pas avoir à se mêler aux Blancs. Mais Obama... il est à moitié blanc... Jeune, il est perdu, ne sait plus vers où se tourner: vers sa famille blanche ou ses "frères" par la couleur de peau ?
Les Négro-Américains (je n'aime pas le terme African American) ont idéalisé l'Afrique (Motherland), un endroit où 'retourner' (alors qu'ils sont nés depuis des générations sur le sol américain) et quitter le pays de leurs injustices. Encore et toujours, ils mettront l'esclavage en avant (d'ailleurs, le prochain roman de Toni Morrisson parle d'esclaves... et il paraît qu'il y avait des esclaves blancs venus d'Europe avec les colons et ils étaient traités de l'exacte même manière que les esclaves indiens ou noirs... la seule différence étant, que s'ils s'échappaient, ils se fondaient dans la masse - hâte de lire ça !) et ne regarderont jamais l'avenir. Pour certains, être un vrai Négro-Américain est de s'habiller en boubou, apprendre à jouer des tamtams et se convertir à l'Islam.
Pour eux, tous les Noirs doivent être des exemples pour les autres Noirs, travailler et faire le double des efforts pour prouver aux Blancs de quoi ils sont capables. Ce n'est jamais suffisant. Ils doivent toujours prouver quelque chose à quelqu'un.
Pour eux (encore), être métis est une tare (ou presque) qui doit être absolument assimilé aux Noirs. Car la loi de la goutte de sang prévaut. Ayant la couleur avec un certain taux de mélanine veut dire appartenir à la communauté noire. Je me souviens du biopic de Tiger Woods, qu'il avait fait le choix à la fac d'être autre plutôt que African American. Sa copine du moment, noire, l'a pris comme s'il avait honte d'être noir et qu'il reniait ses origines, alors que non. Tiger Woods était métis, moitié noir, moitié Thaïlandais, et il n'avait pas à choisir l'un des deux.
Lorsqu'on est métis, on reste à jamais sur une frontière invisible où chaque communauté veut prendre un peu du sien, ne permettant d'être qu'une seule chose à la fois. On est étranger chez nous, parce que nous ne ressemblons pas à la majorité. J'ai eu des repères suffisamment importants pour savoir que je suis toujours angolaise et qu'une partie de moi y est toujours malgré le fait que j'aie trouvé mon port d'attache ailleurs. Je suis métisse et ne me laisse pas flancher par les stupidités du genre "quoi, t'es pas noire ? T'es blanche alors ?", je sais d'où je viens, qui je suis, et j'exige qu'on respecte cela.
(Un Négro-américain, du genre illuminé qui a appris le tamtam pour être plus africain, m'a dit, à moi, que je n'avais pas le droit d'être africaine parce que j'étais métisse, et que c'était sa terre à lui, lui que même ses arrière-arrière-arrière²-grands-parents n'ont jamais mis les pieds au "pays". Non, mais...)
Donc oui, ce livre ne m'a pas fait découvrir des choses car tout ce dont parle Barack Obama, je connais... mais ça me déprime en sachant qu'il y a quarante ans, c'était déjà comme ça, et que ça ne va pas changer du temps de mes enfants. Parce que oui, être métisse, c'est aussi ça. Peu importe avec qui on aura des enfants, ils seront forcément métis. Que ce soit avec un Asiatique, un Noir, un Blanc ou un autre Métis, je sais que mes enfants (ainsi que les enfants de ma soeur, de Lady Jay, ou la fille de Molotov) devront passer par le même genre de questionnements, savoir qu'ils seront toujours une minorité, qu'on leur demandera de choisir encore et encore, et que c'est l'histoire de toute une vie, sur plusieurs générations.
Je pense que c'est la première fois que je lis les mémoires de quelqu'un tout en les prenant tellement à coeur. C'était atrocement personnel, cette affaire-là !

1 graines de sésame:

GANGOUEUS a dit…

Whaou! Je reviendrai plus tard. Un petit mot concernant Mark. Ne pas se poser de question n e signifie pas qu'il ne vit pas une tension intérieure. Sa mère l'a coupée de sa famille paternelle. De l'histoire de sa famille. Elle lui a donné le nom de quelqu'un d'autre. Il me semble que Barack Obama a été pudique dans la présentation de ce frère. On a cependant que celui qui a grandi loin des terres de ses ancêtres est plus apaisé que celui qui y est resté. Tu me diras : "Barack a bien coupé les ponts avec sa famille maternelle qui se résume à trois personnes!". Surement. Mais Mark représente pour moi tous ces métis qui vivent en Afrique sans en connaître l'essence profonde, "protégés" par des parents pour des raisons discutables. Tu remarqueras que le drame de David est une démonstration palpable de son ressenti intérieur. On peut le penser en tou cas.